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Le projet Re-Lier
Le projet Re-Lier, coordonné par le centre de recherche LENTIC* de
l'Université de Liège en Belgique, s'inscrit dans la problématique de la
responsabilisation sociale des entreprises évoluant dans le contexte de la
nouvelle économie. Concrètement, il s'agit de l'impact des nouvelles formes de
travail et d’organisation sur le dialogue social. Grâce au travail d'un réseau
européen de chercheurs, plusieurs études ont déjà été publiées. FairTradeNet a
contribué l'été dernier à une des études et un de nos affiliés a livré ses
expériences (étude
du cas d'un traducteur financier indépendant, à télécharger).
FairTradeNet remercie Brigitte Rorive, Chef de projet du Lentic, pour
l'intérêt qu'elle porte à notre démarche et pour la permission de reproduire
deux études qui ont été menées dans le cadre de Re-Lier: Une étude de cas dans
le cadre d'un projet plus large en Suède, Ant Colony*, et l'expérience d'un
informaticien indépendant travaillant pour un seul client: une société
américaine de développement de logiciels.
(*Laboratoire d’Études sur les nouvelles technologies de
l’Information et de la Communication)
AntColony
L’idée du réseau AntColony (fourmilière) est née du désir de créer une
sécurité sociale pour les entrepreneurs non couverts par le système syndical
traditionnel. AntColony est un réseau destiné aux jeunes entrepreneurs à revenu
catégoriel BIF. Les jeunes créateurs d’entreprise ont besoin de contacts qu’ils
n’ont la plupart du temps pas encore réussi à établir du fait de leur jeune âge.
L’objectif de cette organisation est de rendre les jeunes entreprises plus
attrayantes et plus efficaces en leur donnant un nom de marque. Pour adhérer à
AntColony, il faut donc se soumettre à un processus de certification afin que
les marques de société soient synonymes de qualité.
Activité
Grâce à son réseau, AntColony propose à d’autres entreprises des services dans
le domaine des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) :
architecture de systèmes, programmation, services Internet, maîtrise d’œuvre de
projets techniques et consultants managériaux, soit une gamme homogène de
services. AntColony s’efforce d’améliorer la sécurité sociale des entrepreneurs
en les aidant à assurer eux-mêmes leur avenir grâce à une activité suffisante.
Environ 600 entrepreneurs ont accepté de passer les tests d’AntColony. Parmi la
centaine d’entreprises sélectionnées, une trentaine a travaillé sous le nom de
la société jusqu’à présent. En plus de son réseau de contacts, AntColony
propose aux free-lance un réseau de locaux commerciaux abritant des postes de
travail permanents, des salles de réunion pour manifestations occasionnelles et
un forum pour encourager les contacts avec des collègues. Dans une certaine
mesure, l’organisation a aussi organisé des séminaires de formation continue.
Secteur
L’entreprise répartit son activité sur deux secteurs commerciaux : les autres
entreprises et les free-lance actifs dans le domaine des TIC. Par
l’intermédiaire d’AntColony, les free-lance proposent leurs services aux
entreprises pour, entre autres, niveler les pics d’activité, apporter leur
expertise, tester de nouveaux domaines d’activités, réduire les coûts de
recrutement. AntColony peut également constituer des équipes regroupant une
mixité de compétences et capables de se charger de missions de plus longue
durée.
Organisation
Juridiquement, AntColony est un Groupe constitué d’une société chargée des
opérations et d’une entreprise propriétaire du concept. L’entreprise n’a pas
d’employés mais un conseil d’administration dont les membres sont les
initiateurs.
Les free-lance affiliés à l’organisation doivent obtenir leurs ordres par une
commercialisation passant en partie par AntColony. Ils ne paient que pour les
ordres transmis par AntColony et conservent le droit de démarcher eux-mêmes
auprès des clients et de négocier des contrats. AntColony se charge des
négociations avec le client quand les ordres passent par son intermédiaire,
sans être, à la différence d’un employeur, responsable du milieu de travail, de
la maîtrise d’œuvre, ni des autres responsabilités incombant normalement à
l’employeur. Par contre, AntColony est affiliée à une société de médecine du
travail et elle propose des séminaires visant l’amélioration des compétences à
ses adhérents free-lance à titre payant.
Caractéristiques de NFO/NFT (nouvelles formes
d’organisation/de travail)
Type d’emplois : Réseau auquel les entrepreneurs à revenu catégoriel BIF (statut
de travailleur indépendant propre à la Suède) peuvent s’associer après
certification. Formes de rémunération : Chaque free-lance gère sa facturation
mais il peut solliciter l’assistance d’AntColony dans ses négociations sur les
prix à facturer.
Compétences : AntColony n’est pas a priori responsable de la formation continue
mais elle y contribue en sa qualité d’instructeur et, par le biais de son
réseau, elle offre de temps à autre des opportunités naturelles d’amélioration
des compétences.
Structures : AntColony est une organisation plane sans superstructure. Chaque
free-lance décide lui-même s’il accepte l’ordre du donneur. AntColony s’efforce
de remplir son rôle d’organisme directeur du projet. L’organisation constitue
des équipes regroupant une mixité de compétences pour gagner en compétitivité
commerciale. Rôle des clients : Pour répondre aux exigences des clients en
matière de compétence, l’organisation constitue des équipes adéquates si besoin
est.
Enjeux pour le dialogue social
Il est parfois difficile pour un entrepreneur indépendant sans réseau de
contacts bien établi de faire sa percée commerciale. AntColony tente de
remédier à ce problème en proposant la sécurité d’un nom de marque connu. Par
ailleurs, l’entrepreneur se charge lui-même de sa formation continue, du milieu
de travail et des autres protections sociales, des rémunérations, etc.
Solutions proposées
Certains syndicats de cadres et de personnels administratifs s’efforcent
actuellement de créer de tels réseaux. Ils disposent cependant de ressources
leur permettant de proposer plusieurs formes de soutien : expertise juridique
et financière, formules d’assurances attrayantes, moyennant une cotisation. Le
concept commercial d’AntColony se fonde sur la réussite des entrepreneurs
membres et sur leur volonté de payer pour le service fourni. Une telle
organisation doit pouvoir compter sur la solidité de son capital, ce dont
disposent les organisations syndicales. Ainsi, s’efforcer de créer des contacts
et d’établir des réseaux destinés aux créateurs d’entreprises peut être pour
les organisations syndicales un moyen d’aider un nombre croissant de
free-lance. Source : http://www.relier.org
*C'est une expérience extrêmement intéressante mais, aux dernières nouvelles,
AntColony a mis la clé sous le paillasson. Dommage!
Le quotidien d'un informaticien indépendant
Le principal client de ce travailleur indépendant est une petite société
américaine qui a vu le jour en 1993. Spécialisée dans les logiciels de
traitement du son et de montage vidéo-audio, cette société comprend trois
salariés : le patron, un Français expatrié aux USA et qui vit la moitié du
temps en France, l’autre moitié aux USA, un comptable basé à San Francisco et
un technicien mobile qui fait le service aux clients. Le reste de l’équipe,
soit les développeurs-programmeurs, est constituée de travailleurs indépendants
parmi lesquels on trouve quatre Belges, un Français et un Canadien.
C’est la pénurie et le prix des informaticiens sur le marché américain qui ont
conduit le patron de l’entreprise à recruter sa main-d’œuvre spécialisée en
Europe et au Canada. Ce recrutement s’est fait via des groupes de discussion
sur Internet et par personnes interposées. L’entreprise ne possède aucun
bureau, toutes les personnes sous contrat de travail ou contrat commercial
télé-travaillent.
Contrat
Les travailleurs indépendants signent des contrats de deux mois avec
l’entreprise. Les principales clauses concernent la tâche à accomplir, la durée
estimée du travail, la rémunération et les obligations en matière de
confidentialité. Dans le cas étudié, la personne envoie une facture toutes les
fins de mois avec le nombre de jours prestés (fixés par accord verbal à 10
jours/mois) et le montant des prestations.
La relation qui unit le travailleur à l’entreprise est en grande partie basée
sur la confiance. Rien ne garantit au travailleur qu’il sera bel et bien
rémunéré au bout des deux mois. Sans protection sociale efficace, son seul
recours est l’arrêt de travail. Dans le pire des cas, il perd deux mois de
salaire. Les travailleurs indépendants sont dans une relation de dépendance
économique forte vis-à-vis de l’entreprise qui souvent constitue leur unique
client. L’entreprise est aussi dans une relation de dépendance vis-à-vis de ces
travailleurs qui possèdent des compétences très pointues, absolument
nécessaires à l’activité de l’entreprise et difficiles à remplacer en raison
d’un marché de l’emploi très tendu dans ce domaine.
Mode d’organisation du travail
L’entreprise a un mode de gestion basé sur le projet. Le travail est largement
autonome, chacun négocie lors de la signature du contrat, la nature du travail
à accomplir, le timing de travail et, dans ce cadre-là, décide de son
fonctionnement. Le seul contrôle de l’employeur est un contrôle a posteriori de
conformité du travail réalisé à la demande et aux besoins du projet de
développement.
Le patron de la société est en contact téléphonique ponctuel avec les
travailleurs indépendants. Il vient de temps en temps en Belgique pour
redéfinir les tâches et le planning.
Les télé-travailleurs belges n’ont aucun contact formel entre eux, tout se
passe au travers d’échanges ponctuels et tout à fait informels. Les 6
développeurs-programmeurs ont des liens fonctionnels entre eux, essentiellement
au travers des outils de travail à distance et de travail collaboratif (e-mail,
chat, partage de fichiers, etc.). Ils sont tous dans une relation commerciale,
mais aussi fonctionnelle, avec l’entreprise qui tente de coordonner le travail
effectué par chacun au travers d’un planning établi en début de projet. Les
développeurs-programmeurs travaillent en effet au développement de la même
application, chacun prenant en charge l’un ou l’autre de ses aspects, le son,
la vidéo, le graphisme, etc. Ils travaillent tous sur le même fichier « code »,
chacun poste son travail sur le serveur qui assemble les différentes parties
développées. La difficulté est de rester informé du rythme de travail de chacun
et de l’avancement des tâches. Ils essaient de mettre au point un système de
notification interne pour être mieux informés de ce que chacun fait.
L’informaticien belge se plaint d’un manque de centralisation et de
coordination du travail. L’autonomie très grande laissée aux travailleurs
indépendants fait que cette coordination repose sur la bonne volonté et la
personnalité de chacun. Les besoins de centralisation sont surtout importants
en fin de projet tandis qu’en début, le travail peut rester beaucoup plus
autonome et individualisé.
Les travailleurs indépendants n’ont jamais de contact avec le client final,
l’entreprise garde, dans ce cas, la maîtrise totale du lien au marché. La
fréquence des contacts avec l’entreprise donneuse d’ordre varie en fonction des
phases du projet, ils sont plus nombreux en phase de test, par exemple. Dans
l’ensemble, l’informaticien estime que ces contacts sont trop rares et qu’il
est difficile de gérer des travailleurs indépendants à distance.
Le schéma suivant illustre ces relations:

Gestion des ressources humaines
Il n’y a pas, à proprement parler, de politique de GRH : tout se passe dans le
cadre de relations strictement commerciales. Néanmoins les aspects suivants de
la GRH méritent d’être soulignés :
Le temps de travail Deux systèmes existent : soit le travailleur
indépendant effectue chaque mois le décompte des jours prestés et les facture à
l’entreprise, soit le travailleur négocie lors de la signature du contrat un
nombre fixe de jours à prester par mois. C’est le cas de cet informaticien
belge qui a préféré cette seconde solution dont l’avantage est d’assurer un
revenu fixe mensuel. Il a négocié un travail à mi-temps, soit 10 jours de
prestation par mois. Cette décision est due à la volonté de ne pas
télé-travailler à temps plein pour éviter l’isolement qui en découle.
L’entreprise n’apprécie pas trop ce poste à mi-temps et cherche à stabiliser
ses travailleurs indépendants. Elle favorise le temps complet en octroyant des
stock options à ceux qui le prestent. La gestion du temps de travail est
laissée à l’appréciation totale du travailleur indépendant. Il n’y a aucun
contrôle sur la conformité du temps réellement presté avec le temps facturé
(pas de time sheet ou de système de reporting).
La rémunération
Les travailleurs indépendants sont rémunérés à la journée selon un tarif
négocié en début de contrat et obtenu grâce à la force de négociation de la
personne. Toute augmentation de salaire fait l’objet de négociations
commerciales. De façon générale, les informaticiens belges coûtent (ou se
vendent) la moitié moins cher que leurs homologues américains. C’est le règne
du chacun pour soi et les rémunérations moyennes mensuelles peuvent varier de
3000 à 6000$ selon les personnes, alors qu’aux USA elles sont de 10000 à
12000$. Il y a donc une grande diversité de traitement au sein de l’équipe de
développeurs. La rémunération comprend le salaire et les frais de
fonctionnement (connexion Internet, etc.). Le matériel nécessaire à la
contribution au projet est facturé à la société. Ceci pose le problème de
savoir, surtout quand il y a plusieurs clients, à qui appartient réellement le
matériel. Le problème peut devenir important quand il s’agit de matériel
informatique sophistiqué.
La formation
Elle est de la responsabilité du travailleur indépendant qui maintient et
développe ses compétences. Un séminaire de 5 jours a toutefois été organisé aux
USA, auquel notre informaticien n’a pas pu participer. Dans certains cas, il
est possible que le coût de la formation soit pris en charge par l’entreprise.
Le travailleur indépendant doit obtenir l’accord préalable de cette dernière,
et la décision est prise en fonction des ressources financières, de l’état
d’avancement du projet, etc.
Le contrôle
Il est effectué par l’entreprise sur la qualité et la quantité de travail
fourni, mais aussi par les pairs au niveau du déroulement du projet. En effet,
le fait que tous les programmeurs soient sur le même projet de développement,
dont ils détiennent chacun une partie sous leur responsabilité, et soient
investis de tâches spécifiques, rend les travailleurs fortement dépendants les
uns des autres et les oblige à se contrôler mutuellement et à se coordonner.
Chacun est tributaire du travail effectué par l’autre pour la réussite du
projet.
La gestion de la carrière
A tout moment, le travailleur indépendant peut se retirer de la société si le
projet ne lui plaît plus. Même si le marché de l’emploi dans le domaine des TIC
connaît un certain tassement, notre informaticien n’anticipe pas de problème
pour retrouver d’autres missions en cas de départ. Le statut d’indépendant
donne à ce niveau-là une grande flexibilité, même s’il offre peu de sécurité au
niveau social.
Conflits ou problèmes vécus
Les seuls problèmes vécus jusqu’à présent sont des retards dans le paiement des
prestations et des différences importantes dans la rémunération négociée.
La situation d’indépendant est confortable pour la personne que nous avons
rencontrée, tant qu’il ne rencontre pas de problèmes au niveau du contrat
commercial. Si l’entreprise ne respecte pas les clauses du contrat,
l’informaticien pense qu’il n’aura aucun recours. La question de savoir quel
tribunal serait compétent et quelle législation serait d’application en cas de
litige reste sans réponse puisque l’employeur est situé aux USA et le
travailleur en Belgique.
Caractéristiques NFO/NFT
NFT
- Diversité de statuts
- Flexibilisation des temps, lieu et durée de travail
- Diversité de rémunération
- Problématique des « faux indépendants »
- Importance des compétences
NFO
- Entreprise virtuelle composée presque essentiellement de
travailleurs indépendants répartis dans différents pays
- Mode de coordination fortement basé sur une relation de
confiance mais aussi des rapports de force entre parties au contrat
- Travailleurs indépendants en liens fonctionnels étroits sans
structure commune
Enjeux pressentis pour le dialogue social
Le principal enjeu réside dans la généralisation du recours à ce type de main-d’œuvre
par les entreprises. Cette généralisation va de pair avec une diminution de la
main-d’œuvre salariée, qui représente le champ traditionnel d’intervention du
dialogue social. Le défi est double. Faut-il maintenir la dichotomie salarié/indépendant
et exclure du champ des négociations les travailleurs non salariés ? Comment
protéger efficacement ce type d’emploi et répartir de façon équilibrée les
responsabilités en matière sociale ? Actuellement, elles sont toutes dans le
champ du travailleur indépendant.
Solutions identifiées dans ce cas
La solution appliquée en Belgique qui consiste à « requalifier » les « faux
indépendants » en salariés en cas de litige ne semble pas viable à long terme.
Les entreprises trouvent des parades à ce type de risque (par exemple, cette
multinationale qui ne contracte plus en direct un consultant informatique
indépendant, mais exige de lui un contrat avec une SSII). Par ailleurs, avec le
développement des TIC et la dématérialisation des tâches, les entreprises vont
se tourner de plus en plus vers des travailleurs indépendants de pays où le
risque est moins grand.
Les solutions à envisager seraient soit de se diriger vers un statut
intermédiaire entre le salarié et l’indépendant, soit d’aller vers un nouveau
statut d’emploi non basé sur la dichotomie indépendant/salarié. Le portage
salarial en France et la para-subordination en Italie sont des tentatives de
réponse à la question de la protection sociale et salariale des "faux
indépendants". Source:
http://www.relier.org
En bref
Traductions des sites Web: une croissance outre
mesure pour ce segment du marché
Une nouvelle étude de la société américaine Allied Business Intelligence Inc.,
"Language Translation, Localization and Globalization: World Market Forecasts,
Industry Drivers and eSolutions", indique que le marché global de la traduction
réalisera un chiffre d'affaires annuel de $9.5 milliards à la fin de 2002. En
2007, le marché de la traduction des sites Web atteindra un volume de $1,7
milliards. La part de la localisation des sites Web représentera 13 pour cent
du marché de la traduction. (Source: Web)
700.000 pages de traduction pour faire face à
l’élargissement de l'Union Européenne
Avec l'adhésion des pays de l'Europe centrale et de l'est à l'UE, la
législation de l'Union Européenne doit être traduite en neuf nouvelles langues:
estonien, hongrois, lettonien, lituanien, maltais, polonais, slovaque, slovène
et tchèque. Cinq sociétés d'impression ont été choisis pour la production de
ces documents - 80'000 pages par langue. Il s’agit de Jouve s.a. (Paris);
Imprimerie Centrale (Luxembourg); SDV Saarbrücker Druckerei & Verlag (Saarbrücken);
Saarbrücker Zeitung Verlag & Druckerei (Saarbrücken) et AIS Berger-Levrault
(Nancy). Le budget de cette opération dépasse EUR 50 millions. (Source: Union
Européenne) |